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Lettre ouverte au Premier Ministre Patrick Achi. (Lebel N’goran)

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A Monsieur le Premier Ministre
de la République de Côte d’Ivoire.

Monsieur, dans une démarche citoyenne nous vous écrivons pour un partage sur des sujets relatifs à l’État de Côte d’Ivoire suite à votre conférence de presse.

Après vos 200 jours de gestion en tant que premier ministre, nous restons dubitatif. Votre action discrète et difficilement perceptible dans nos quotidiens nous laisse penser que vous n’avez pas encore mis le pied dans le combat du développement (vous n’avez pas mis le pied à la gare routière d’Adjamé). Cependant, nous ne sommes pas juge d’une action encore récente. L’histoire est le seul juge impartial.

Nous espérons que vous allez accueillir ce message comme un discours fraternel et franc. Ce n’est pas une critique vindicative, c’est un état des lieux, un ensemble de propositions. Nous espérons des réponses claires et constructives.

Travail.

 »8 millions d’emplois en 2030 » avez-vous dit. Contentons nous du mandat actuel. Est-ce possible d’avoir 2 millions d’emplois créés sous ce mandat avec une possibilité de vérification ?
Quel est le mécanisme pour créer 8 millions d’emplois ?
8 millions d’emplois dans quels secteurs ? La fonction publique ? l’industrialisation ?
Le rôle de l’État n’est pas d’embaucher tout le monde, c’est plutôt de créer les conditions pour que les privés créent des emplois disait Aliko Dangote.

Qu’est ce que l’État fait pour que Les ivoiriens soient privilégiés dans la création des emplois ?
Quelle sécurité sociale pour les chômeurs, les sans emploi,les étudiants en fin de cycles ?

Monsieur le premier ministre, les projets de grandes envergures, de moyennes envergures sont confiés aux entreprises étrangères. Comment voulez-vous qu’émergent les entreprises locales fortes ?

Les infrastructures, les marchés juteux sont d’office octroyés à des bailleurs-réalisateurs. C’est anti-concurrentiel. Par exemple la France donne des crédits pour les projets et les réalise ! Nous payons le crédit et le bailleur et le constructeur… Nous payons 3, voire 4 fois plus chers des projets qu’on peut financer localement. L’ épargne locale peut financer le développement de la Côte d’Ivoire. Arrêtons d’emprunter à tout va !

Ce pays ne favorise pas l’entreprise Locale. Par conséquent, il ne favorise pas l’émergence d’un savoir -faire local et d’une expertise locale.

8 millions d’emplois en 2030 nous apprend simplement qu’il y’a un 4ème mandat en vue. Nous le savions ! Sommes-nous à la fin de celui-ci ?

En 2020 vous avons attendu l’émergence, elle n’est jamais arrivée. Hélas. En 2021 personne n’en parle. Nous méritons des explications. Les promesses n’engagent que ceux qu’y croient, pas ceux qui les édictent. Cependant, nous meritons tout de même une explication… Franche .

École.

Quelle est l’ambition de l’école ivoirienne ? Avez-vous vu l’état des classes primaires, secondaires, des universités sur l’étendue du territoire ?
Savez-vous les programmes qui y sont enseignés?
Monsieur le PM, les programmes sont dépassés. Le modèle d’apprentissage est dépassé.
En 2021, c’est inadmissible d’avoir des étudiants sans bourses, des écoles secondaires sans internats, sans campus sans suffisamment de logements. Des étudiants qui ne savent pas écrire, lire, calculer.
Des étudiants sans la moindre connaissance de l’informatique, du digital dans un monde très évolué.

Pourquoi ne pas instituer des bourses d’études pour les bacheliers et les étudiants méritants ? Soit la moitié du parc estudiantin actuel et la totalité des bacheliers à venir possedant des moyennes honorables? Des bourses qui donnent par exemple aux bacheliers et aux étudiants 50 000 FCFA par année sur 4/5 ans ? Remboursables après l’obtention d’un emploi ?
Des bourses avec obligation de résultats. Des bourses qui permettraient par ailleurs aux étudiants de monter des startups ?

L’école ivoirienne a besoin d’être repensée : en programmes, en qualité, en opportunités professionnelles, en vitalité.

Le niveau des enseignants doit être optimal.
A l’intérieur du pays, Il y’a des écoles qui ne le sont que de nom. Depuis 1990, l’école ivoirienne est en lente descente dans la médiocrité.

Santé

Nos hôpitaux ont des plateaux techniques très inadaptés aux besoins des populations. La preuve vous même vous vous soignez hors du pays. C’est un manque de confiance en nos médecins et à notre système sanitaire. Il ne peut pas avoir deux poids et deux mesures.
Combien cela coûterait-il d’avoir un hôpital avec plateau technique international établi en Côte d’Ivoire, capable de soigner les autorités ivoiriennes et les ivoiriens ?
En vous soignant en France ou ailleurs, vous discréditez les hôpitaux et les médecins ivoiriens.
Avant vous, un ex-président soignaient ses dents au Maroc !
Nos médecins sont compétents. Il faut relever les plateaux techniques, les soins hospitaliers en Côte d’Ivoire. Le tourisme hospitalier des autorités doit cesser où alors il faut le rendre accessible à tous le monde !

Agriculture

Depuis 1960, l’agriculture est restée traditionnelle. Il est inadmissible qu’ en 2021 les paysans produisent avec la force du bras.
Inutile d’acheter des tracteurs, c’est possible de les fabriquer localement. C’est possible de transformer plusieurs produits localement.
Il faut lancer une politique de production locale du riz pour freiner l’importation. Il faut inciter l’activité locale industrielle et transformer localement.
Si vous planifiez une réduction de certains produits importés : viandes, riz, lait etc. vous inciterez à une forte production locale.

Il faut revaloriser l’agriculteur et les paysans. L’agriculture ne peut pas fabriquer la pauvreté, l’insalubrité… Il faut rétablir la banque de crédit agricole, une banque des intrants agricoles, une banques des machines agricoles. Il faut amener une université du développement agricole pratique et civique pour faire entrer les bonnes pratiques dans le monde agricole rural. Il faut rétablir les Travaux Publiques dans les zones rurales.

Décentralisation

Abidjan ne peut pas abriter la Côte d’Ivoire entière…
Le décret de suspension du transfert de la capitale à Yamoussoukro doit être abrogé. C’est une grave erreur du Président de la République.
La Côte d’Ivoire doit avoir au minimum 10 villes avec un urbanisme et les commodités pour permettre au pays d’avoir des pôles urbains dynamiques. Tous les ivoiriens ne peuvent pas vivre à Abidjan. Il faut créer de la vie économique ailleurs qu’à Abidjan.

Jeunesse

La jeunesse n’a aucun plan d’avenir. La seule condition pour avoir une aide est de militer au parti au pouvoir ou de se montrer très isolent ou immature ou drôle sur la toile. Par ailleurs on ne peut pas raisonnablement inféoder une aide de l’État au militantisme politique.
La jeunesse, les créateurs de richesse n’ont aucun traitement de faveur, aucune aide indifférenciée. La jeunesse n’a aucun dialogue avec l’exécutif.
Il n’y a pas de salles de sport, de cinémas, de bibliothèques, centres de loisirs dans les quartiers.
Notre urbanisme ne permet pas à la jeunesse de se retrouver d’échanger, de se construire, de se renforcer pour les défis à venir.

Vous devez parler aux jeunes sans filtre. Vous devez les rencontrer. Comprendre leur attentes.

Sécurité

Il y’a un effort de la police et de la gendarmerie. Cependant l’indiscipline est encore reine. Les gbakas roulent sur les trottoirs, ils font des manœuvres dangereuses au yeux de tous le monde. Quand aurons-nous des policiers/gendarmes capables d’instaurer là sécurité, la discipline ? Sans crainte d’être eux-mêmes sanctionnés par des autorités complices du désordre ?

Le terrorisme gagne du terrain. La communication sur tous les efforts et les mouvements des forces de défense dessert la sécurité.
Le terrorisme n’est pas une question militaire mais une question de police, de renseignements. La stratégie ivoirienne est mauvaise et la réponse n’est pas adaptée à la menace. Si rien ne change, le pays risque de passer à une échelle supérieure de l’insécurité dans Les 12 prochains mois.

Nos frontières terrestres sont dépassées et laissent passer n’importe qui. Il est temps de réguler les entrées en Côte d’Ivoire.
l’État civil, les cartes d’identité, les titres de séjours doivent rapidement se délivrer, se digitaliser pour permettre une surveillance et identification rapide des populations.

Train de vie de l’État

Le gouvernement est pléthorique. Nous savons que vous ne pouvez pas agir sur la quantité de ministres puisqu’à l’évidence c’est une question politique, et pas nécessairement une politique de résultat. Cependant, vous l’avez constaté, la quantité n’est pas d’une grande aide dans les tâches de cette envergure. Comment voulez-vous qu’on vous fasse confiance quant on sait que vous n’avez pas véritablement la main mise sur ce gouvernement plus politique que fonctionnel?

Le fonctionnement de l’État englouti les finances : une cinquantaine de ministres+des ministres résidents+ sénateurs…
Le train de vie de l’État est un frein au développement. Nous avons plus de ministres que la France ! Et pourtant nous sommes plus pauvres !
Il est impératif de le réduire. Il y’a trop d’abus, de profits illégitimes…

Bonne gouvernance

La plupart des ministres sont des hommes d’affaires. Ils ont des entreprises, des prises d’intérêt dans des sociétés.
Les nominations sont souvent liées aux critères familial ou politique.
La bonne gouvernance n’est pas envisageable si les critères d’accessibilité à des postes sont inconnus ou liés à des données facultatives des gouvernants.

Sur le Pandora Papers, nous restons dubitatif et nous regrettons qu’ en tant que Premier Ministre vous n’ayiez pas mis de l’ordre dans vos affaires personnelles. Vous êtes ministre depuis plus de 20 ans. L’activité au sein du gouvernement vous interdit formellement d’avoir une activité économique pour éviter les conflits d’intérêts. C’est une faute. Votre action pourrait être efficace que si vous donnez l’exemple. Vous êtes le premier des ministres, vous devez être irréprochable à tous points de vue.

Ces questions demeurent ceci-dit :
Quel est l’état des finances du pays ?
Quel est l’état de la dette ivoirienne ?
Quel est le plan prévisionnel du paiement de la dette ivoirienne?
Qu’est ce que la Côte d’Ivoire produit comme richesse ?( Nous ne parlons pas des taxes et impôts)
Allons-nous financer le développement que par la dette ?

La RTI est la télévision nationale. Cependant, elle agit comme une télévision d’un parti politique.
Nous payons une redevance forcée, nous ne pouvons pas accepter ce état de fait. La bonne gouvernance permet la contradiction des idées…

Politique

Monsieur, libérez les prisonniers politiques, les prisonniers issus de la crise de 2011. On ne construit pas un pays sur la vengeance et sur l’injustice. Sinon vous devez incarcérer M.Laurent Gbagbo. C’est simple. Il ne peut pas être en liberté en tant que donneur d’ordre pendant que les exécutants sont en prison. Faites revenir les exilés, c’est un impératif de la constitution.

Monsieur le premier ministre. Nous ne partageons pas la même vision politique que vous. Celà ne fait pas de nous des ennemis.
Au delà de cette lettre, nous aimerions vous dire ceci. Nous partageons les mêmes origines modestes, nous partageons la même appartenance nationale, nous sommes tous deux ivoiriens.
Vous devez comprendre que tous ceux qui ne partagent pas vos méthodes, vos ambitions ne sont pas vos ennemis.
Ce pays a besoin d’élever le niveau de la politique. De mettre en compétition les intellectuels, les intelligences, les travailleurs au delà du discours politique, des clans, des différences…
La force d’un pays, c’est de donner à chaque citoyen les mêmes chances de compétir sainement et de travailler en toute liberté pour la mère patrie.

Je vous souhaite une bonne compréhension de cette lettre.
Elle sera la première et la dernière.

Merci pour votre attention .

Avec tout mon respect.

Lebel N’goran 11.11 2021
Bingerville. Côte d’Ivoire.
ln@lebelngoran.com