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Transport aérien / Comment Air Côte d’Ivoire joue avec la vie des passagers ! ( 2è partie )

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De la maintenance ! Un mécanicien qui travaille en début d’après-midi, prend le vol de Cotonou -Libreville. Il arrive à 3h du matin avec l’équipage et repart sur Abidjan avec l’équipage sur place à Libreville, qui lui, se lève à 4h30. Le mécanicien d’avion va se reposer 1h30 mn avant de repartir sur Abidjan vers midi et continuer sa journée jusqu’à 18h00 ou plus, en cas de maladie d’un collègue. Le tout projeté sur une année de travail, et ça vous donne le tournis ! Avec un tel planning aux forceps, chez Air Côte d’Ivoire, les passagers voyagent-ils en tout sécurité ? A vous de nous le dire!

Travailler plus pour gagner moins!

Les travailleurs cumulent des heures supplémentaires mais le Directeur général propose de hausser le seuil à partir duquel les heures supplémentaires doivent être payées . En clair, on vous demande de travailler plus et on vous paie moins. Même s’il arrivait qu’on paie plus, le personnel n’en peut plus, au bout d’un moment. Dans le même secteur d’activités , les compagnies comme Asky ou Ethiopian Airlines sont tout le temps à la recherche de personnels à cause de ce fait.

Frôler la catastrophe ?

L’épisode du dernier Q400 qui s’est posé sur la piste avec la roue qui ne sortait pas, en est un exemple. Mais ce sont des « gens d’en bas » qui sont sacrifiés au lieu de chercher à savoir ou comprendre comment une telle situation a pu se produire.
La Direction trouvant que les naviguants sont trop bien payés pour ne rien faire, a mandaté certains responsables de l’encadrement, dont le Responsable de la formation des équipages (RDFE) Joseph Kini, de trouver des pilotes moins chers … Et comme chez Air Côte d’Ivoire, il n’y a pas de grille de salaire et que certains dans l’encadrement touchant dans les 4,6 millions F CFA ne veulent pas perdre leurs avantages, ils s’attellent à trouver des pilotes « bon marché ».


En effet, parmi les pilotes d’Air Côte d’Ivoire, il y en a qui font des lignes comme Abidjan-Johannesburg et sont payés à 700 000 FCFA, soit 50 000 FCFA de plus qu’un chef de cabine. Aussi,  dans son contrat de trois mois, il n’a pas de couverture médicale ni droit à des congés. Tous les trois mois, la compagnie recrute des nouveaux pilotes, majoritairement des européens, pour 700 000 F CFA par mois.  Alors qu’il faut, pour piloter un avion, faire ce qui est appelé dans le jargon des pilotes une « qualification de type » (QT). Pour piloter un Airbus 320 ou un Bombardier Q400, en plus de la formation de pilote, il faut faire une QT. Soit une QT Airbus 320 ou une QT Bombardier Q400. Les pilotes qu’Air Côte d’Ivoire recrutés à 700 000 FCFA se paient eux-mêmes, c’est à dire de leurs propres deniers, leur QT entre 15 000 (10 millions de FCFA) et 20 000 Euros (13 millions de FCFA), voire plus. Chez Air Côte d’Ivoire, un copilote touche 2.4 millions F CFA et un capitaine est dans l’ordre de 3.5 millions F CFA. Mais le hic, c’est que tout le monde n’est pas au même tarif. Pour les tous premiers pilotes d’Air Côte d’Ivoire, les copilotes sont à 3 millions F CFA et plus et les capitanes sont à 4 millions FCFA. Mais Chaque année, la Compagnie baisse les salaires et supprime les conditions d’évolution. Les pilotes se retrouvent à fonction égale, avec des différences de salaires. Il y a une promotion de copilote qui est à 1.6 millions FCFA ! A Air Cote d’ivoire, on a un équipage avec des salaires différents pour les mêmes niveaux et les mêmes fonctions sans perspective d’évolution avec des conditions objectives. Un commandant est payé à 4.6 millions F CFA, un copilote à 700 000 FCFA et même des Personnels complément de Bord (PCB) sont à 100 000 FCFA.

PCB, PNC… dans la nasse !

Le personnel complément de Bord  (PCB) est une hôtesse ou un steward dans une compagnie aérienne. Contrairement au Personnel navigant commercial (PNC), le PCB n’est pas formé aux procédures de sécurité. Son rôle est donc avant tout commercial. Pour un passager lambda, rien ne différencie visuellement un PCB d’un PNC, qui un jour, au bon vouloir de la Direction et de ses caprices par lesquels ils devront passer, deviendra PNC pour toucher 450 000 F CFA. En attendant, les PCB s’echinent  sur les axes Abidjan-Ouagadougou, Abidjan-Cotonou-Libreville pour 100 000 FCFA par mois. Ils arrondissent leurs fins du mois avec les 30 000 F CFA qui leur seront remis à Libreville comme « frais de bouche » (découchés ») . Ils vont évidement se battre pour avoir des vols où l’on donne des « découchés », quitte à ne pas manger plus que le petit déjeuner compris dans la chambre d’hébergement pour garder les 30 000 F CFA pour le règlement de leurs factures, à Abidjan.

Être promu et voir son salaire subir une décote

Les copilotes qui avaient des contrats où ils étaient rémunérés à 2.6 millions F CFA se voient offrir des contrats de Commandant de bord où ils seront à 2.9 millions FCFA. Pour la même fonction, il y a des employés qui sont à 4 millions, certains à 2.9 millions et d’autres à 3.5 millions ou 3.7 millions FCFA. En comparaison à Asky , compagnie privée Low-Cost, les copilotes sont payés à plus de 3 millions FCFA et ils ont leurs heures supplémentaires payées en temps et en heure et 100 dollars US (50000 FCFA) par découchée. Air Côte d’Ivoire, rappelons-le, est une compagnie nationale. La seule d’ailleurs pour le pays. Le rythme de travail des pilotes, ne justifie pas un salaire aussi bas.
Autre fait aberrant, un capitaine sur un Q400 qui a un salaire de 4.1 millions FCFA, au moment d’avoir une promotion dans sa carrière pour passer sur un Airbus A 320, la compagnie lui propose 3.7 millions FCFA. Sous l’appât de la promotion, on vous retire de l’argent ! Et ne vous y méprenez pas, il s’agit bel et bien,  du fleuron national! Il y a des copilotes qui avaient un salaire de 2.8 millions FCFA et au moment de passer capitaine, la compagnie annonce que le nouveau salaire des capitaines sera de 2.9 millions FCFA, soit une augmentation de 100.000 F CFA. Et les capitaines qui proposent un tel salaire sont, eux, à 4.6 millions FCFA.
De plus, avec la fatigue viennent les arrêts maladie qui mettent à mal l’exploitation aérienne. Ajouté au manque de personnel, cela résulte en des tensions d’équipages; puisque d’autres doivent voler pour rattraper le coup, et c’est est un cercle vicieux sans fin.

LA REDAC’
(Suite 29/07/22)