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Guerre opérateurs-PVD / Qui peut le plus, peut le moins !

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Les clients des compagnies de téléphonie qui ont souvent le besoin de se recharger en crédit d’appel téléphonique ou d’effectuer des transactions financières via le mobile sont confrontés à des difficultés. A telle enseigne qu’ils sont souvent obligés de payer 100 FCFA de plus à chaque transaction. Genèse d’une crise qui a toujours ses relents de quiproquos !

100 FCFA appliqués ex-nihilo !

Le Collectif des Propriétaires de Points de Vente (PVD) Mobile Money de Côte d’Ivoire, avait depuis quelques mois, commencé à appliquer 100 FCFA sur les tarifs des transactions aux clients. Cette situation a été à la base de plaintes récurrentes de la population à l’égard des opérateurs. Des brouilles incessantes étaient décriées et il y’avait urgence d’agir. Dès lors, il faille prendre le taureau par les cornes. Et les autorités décident d’une réunion urgente pour clarifier les positions. Étaient présents à cette réunion, le ministre de l’Emploi, les DG de Orange, MTN et Moov, celui de Wave a été représenté par un responsable. Il y avait aussi le représentant du collectif des PVD. Lors de ladite réunion il avait été décidé de négocier pour que toutes les parties soient satisfaites. Mais des 100 FCFA, aucun accord n’a été trouvé, toutes les parties à part le collectif des PVD, trouvaient cela illégal. Quitte à eux de l’appliquersans se faire prendre, aux clients de le refuser, et aux opérateurs de prendre les décisions idoines pour punir les réfractaires qui daigneraient surtaxer les clients !

Une grève d’une semaine…

Après cette réunion la quasi-totalité des PVD a décidé d’appliquer les 100 FCFA sur toutes les transactions. Pour disent-ils, faire face à leurs charges qui ne cessent d’augmenter quand la marge bénéficiaire elle, s’amoindrit comme peau de chagrin. Il faut en effet noter qu’avec l’arrivée de l’opérateur Wave qui a diminué les couts des transactions de retrait à 1%, tous les autres opérateurs devaient s’aligner ou perdre cette part importante du marché de la téléphonie en Côte d’Ivoire. Il va s’en dire que les PVD voient de facto leurs bénéfices maigrir et dans toute la chaîne ce sont eux désormais qui ont la portion congrue.  Le 9 aout dernier donc, les PVD décident d’aller au bras de fer en lançant une grève d’une semaine qui a couru jusqu’au 16 aout : point de transfert d’unités et d’argent. Et face à cela les opérateurs –Orange et Wave– les plus concernés, avaient décidé de retirer les puces donc les agréments des PVD qui allaient à la confrontation. Les opérateurs n’ont donc pas plié l’échine face à cette menace et appelaient tous les usagers à se rendre à leurs agences respectives. Cette grève cessera donc comme elle est venue, avec une déclaration du collectif des PVD dont la substance est la suivante :

« 1. La reconduction de l’application des Frais de Prestation de Proximité de 100 Francs par transaction.  Le montant de ces Frais de Prestation de Proximité pourra au cas échéant subir des modifications soit à la baisse soit à la hausse voire à la suppression en fonction de la suite des négociations avec nos autorités et les opérateurs. En effet, nous attendons de l’Etat  d’homologuer les prix et les commissions en vigueur dans notre secteur d’activité tout en garantissant la pérennité des Prestataires des services Mobile Money que nous sommes.

2. Nous demandons aux Opérateurs de rétablir immédiatement et sans délai les comptes de nos collègues qui ont été résiliés pour cause d’application des Frais de Prestation de Proximité. Pour ce faire, nous accordons un délai d’une semaine à l’opérateur Orange, à compter de ce jour en vue de remettre en activité les comptes abusivement résiliés. Au-delà de ce délai, le Collectif se trouvera dans l’obligation de prendre les responsabilités qui s’imposent à lui, en de telles circonstances.

3. Nous en appelons à tous nos camarades PDV de tourner dos à l’opérateur Wave au vu des exactions et de ses agissements non conciliants exercés sur certains de nos camarades. Cet opérateur est venu détruire tout un écosystème et les emplois générés. Il est à la base de nos malheurs. Nous ne saurons continuer de tolérer de tels agissements. »

La petite histoire des marges bénéficiaires de 2017

Orange a décidé de ne rien concéder aux PVD. En effet selon l’un des responsables de cette structure lors du contrat de concession du titre de PVD, il est stipulé « que les transferts d’argent et d’unités doivent être une activité adjacente à une première activité commerciale de l’opérateur ». Donc pour s’en sortir, les PVD devaient venir en appoint d’une première activité. A moins d’effectuer le maximum de transferts possibles dans la journée pour gagner davantage. Les tarifs d’Orange money entrés en vigueur le 29 novembre 2017 stipulaient comme frais, pour le client :

-100 FCFA pour 200 à 2000 FCFA ;

-150 FCFA de 2005 à 4000 FCFA ;

-175 FCFA de 4005 à 5000 FCFA ;

-475 FCFA de 5005 à 9000 FCFA ;

-550 de 9005 à 10000 FCFA ;

-600 FCFA de 10005 à 25000 FCFA ;

-1100 FCFA de 25005 à 50000 FCFA ;

-2100 FCFA de 50005 à 100000 FCFA ;

-3900 FCFA de 100005 à 250000 FCFA ;

-7900 de 250005 à 500000 FCFA ;

-15900 de 500005 à 1 million de FCFA et

-19900 de 1 million 5 FCFA à 1 million 500 mille FCFA.

Là les PVD s’en sortaient, et c’était avant l’arrivée de Wave. Pour un transfert d’argent de 10000 FCFA ils recevaient directement 400 FCFA. Une règle de trois, montre qu’ils s’en sortaient allègrement à concernant tous les montants, soit 4% du montant transféré.

Avec l’arrivée de Wave, c’est la galère !

Le revendeur c’est-à-dire le PVD depuis l’arrivée de Wave qui applique une taxe de 1% pour tout retrait, est obligé d’appliquer la même chose. Seulement qu’avec Orange quand vous effectuez une opération de dépôt d’argent qui est désormais non payantecomme pour Wave, vous devez payer 100 FCFA de timbre d’Etat.

Les nouveaux tarifs sont donc désormais en terme de gain pour les PVD en terme de dépôt ou cash-in et de cash out c’est-à-dire retrait, de : 

-10 FCFA de 5000 à 25000 FCFA en cas de cash in et 25 FCFA en cas de cash out ;

-50 FCFA de 25000 à 50000 FCFA en cas de cash in et 125 FCFA en cas de cash out ;

-125 FCFA de 50000 à 100000 FCFA en cas de cash in et 250 FCFA en cas de cash out ;

-250 FCFA de 100000 à 250000 FCFA en cas de cash in et de 500 FCFA en cas de cash out ;

-500 FCFA de 250000 à 500000 FCFA en cas de cash in et de 750 FCFA en cas de cash out ;

-1000 FCFA de 500000 à 1000000 FCFA en cas de cash in et 1500 FCFA en cas de cash out ;

-2000 FCFA pour 1O05000 en cas de cash in et de 3000 FCFA en cas de cash out et

-3000 FCFA pour 1500000 en cas de cash in et de 4500 FCFA en cas de cash out.

La levée de boucliers de l’UNETEL !

L’union nationale des entreprises de télécommunications -en particulier MMCI, MTN MFS et OMCI, opérateurs historiques du mobile money en Côte d’Ivoire face à ces remous incessants dans ce secteur d’activités, a décidé de réagir. En produisant un communiqué qui en dit long son désaveu face à l’action des PVD. En effet, « …

– s’insurgent contre ces actes de violence dont l’objectif manifeste était de les empêcher de délivrer un service minimum aux usagers pendant la grève,

– rappellent que c’est grâce à leurs investissements importants et leurs constants efforts en termes de couverture territoriale et d’amélioration des services que des milliers d’emplois directs et indirects ont été créés dans le secteur et que le taux d’inclusion financière s’est amélioré de manière significative. Pour mémoire, les changements actuellement observés sur le marché du Mobile Money ont débuté en 2021. La baisse des tarifs suscitée par l’entrée d’un nouvel acteur avec un modèle agressif sur les prix, a occasionné des pertes considérables pour les EME et leurs distributeurs, allant jusqu’à un résultat net négatif et des pertes d’emplois. Cependant, dans une dynamique de soutien à leurs distributeurs, les taux de commissionnement des EME historiques sont demeurés inchangés. C’est seulement au mois d’Avril 2022 que la révision de leurs taux de commissionnement a été opérée, après information de leurs partenaires. Par ailleurs, dans la droite ligne de leur politique de bonne collaboration avec leurs partenaires et dans l’objectif de préserver les acquis d’un secteur déjà fortement éprouvé, les EME, filiales des opérateurs Télécoms, ont participé de bonne foi à toutes les négociations auxquelles ils ont été conviés. En conséquence, les EME MMCI, MTN MFS et OMCI, partenaires historiques des points de vente, conscients de la situation de précarité ambiante :

– rappellent qu’ils ont toujours supporté les points de vente, – invitent les membres du collectif à la retenue et les exhortent à ne pas entraver le bon fonctionnement de leurs agences,

– appellent au retrait des frais de prestations venant en sus des frais de commissions,

– restent ouverts à une discussion constructive et responsable. »

Faire plier les PVD ou périr !

Pour rappel, Orange Côte d’Ivoire qui est une filiale regroupant trois pays de la sous-région est la structure la plus porteuse pour l’opérateur mobile en Afrique pour cet opérateur, bien avant Orange Algérie. Et à l’application des nouveaux tarifs de 1% au retrait à l’arrivée de Wave, Orange a certes prévu appliquer cette nouvelle tarification pour faire face à la concurrence emmenée par ce nouvel opérateur, mais donné une période de grâce aux PVD avant de leur appliquer ces nouveaux gains qui réduisent considérablement leur marge bénéficiaire. Et donc Orange a perdu 40 milliards du 20 octobre 2021 au 31 mars 2022. Et ne compte pas perdre davantage, pour le bon vouloir des PVD. On devine aisément qui sera le gros perdant dans cette histoire. Il faut donc s’adapter ou périr, voire faire de l’activité PVD l’accessoire d’une première activité commerciale… Qui peut le plus, peut vraiment le moins !

LA REDACTION