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Côte d’Ivoire/Au moins 1 million de syndicalistes dans le million d’emplois promis (!?)

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Il est difficile de se déplacer à Abidjan et chacun fait de son mieux, quand les Wôrô-Wôrô et les Gbaka sont comme une panacée… Mais pour les conduire il faut être un dur à cuire et un maître des entourloupes. Parce qu’il y a une seule loi, celle des syndicalistes !

Petit tour d’horizon des moyens de transport abidjanais !

En Côte d’Ivoire et particulièrement à Abidjan une ville saturée où il est difficile de se déplacer, les moyens de transport pullulent au gré des bourses. Et sur les 27 millions d’habitants, près de 7 millions vivent dans la capitale économique. Les bus de la Société de transport abidjanais (SOTRA) ne peuvent pas transporter tout le monde quand ils ne sont pas bondés ou rarissimes, et ne vont pas partout. Pour emprunter un taxi quotidiennement aussi, il faut être au-dessus de la classe moyenne car les prix ne sont pas à la portée de toutes les bourses. A côté il y’a les mini cars de transport en commun appelés ‘’Gbaka’’ dans l’argo ivoirien, qui roulent pratiquement à tombeau ouverts si les véhicules ne sont pas simplement des épaves, bonnes pour la casse. Les plus nantis ou ceux qui ne veulent pas d’embrouille, préfèrent s’acheter un véhicule qui les mène allégrement vers leurs destinations.  Et il faut rouler dans un véhicule de moins de 5 ans pour ne pas polluer l’atmosphère selon la version officielle du gouvernement, et pour contenter des amis concessionnaires qui s’en mettent plein les poches, selon une version officieuse et celle-ci, plus vraisemblable. C’est qu’à ce niveau aussi, il ne faut pas oublier le prix du litre de carburant à la pompe que le gouvernement ivoirien ajuste souvent à la hausse, pour se faire un peu d’oseille. Que les Ivoiriens voient rarement ( ?!)

Tout le monde s’enrichit sur le passager !
Avec les Wôrô-Wôrô, seul le client est perdant. Les gares de taxis communaux très souvent banalisés poussent un peu partout à Abidjan. Il suffit qu’un quartier pousse, des difficultés de transport, des ‘’larrons’’ qui saisissent l’occasion et hop, une ligne est créée avec pour destination toutes les communes d’Abidjan autres que celle où se situe la gare concernée. Il y’en a au sous-quartier de Cocody appelé ‘’les Deux plateaux’’ précisément à la Station Mobil, aussi une nouvelle gare non loin de la mosquée d’Adjin, une à la Riviera dite ‘’9 kilomètres’’, à Adjamé non loin du 7è arrondissement avec la célèbre gare ‘’Shoto’’, au Plateau, à Port-Bouët, à Yopougon lavage, bref, partout en Abidjan.

www.enquetemedia.net  s’intérèsse dans cette petite enquête pour cette fois-ci, au tarif de ces moyens de transport. Endroit choisi, la gare de Wôrô-Wôrô de la Riviera 2, un autre sous-quartier de Cocody. Des véhicules sont stationnés sous les hautes tensions électriques avec pour direction d’autres quartiers d’Abidjan : Marcory, Treichville, Yopougon, Port-Bouët…. Direction Treichville, à bord de l’un de ces véhicules banalisés. Le cout de la course qui dure à peine 15 minutes en passant par le troisième pont ‘’de la gloire’’, 700 FCFA. L’un des passagers étonné de voir un tarif aussi élevé pour une si petite distance, taquine le conducteur : « Pour 8 passagers cela vous revient à 5600 FCFA. Si vous payez les syndicalistes qui s’occupent de la gare et du chargement des voitures en payant 600FCFA, il vous reste 5000 FCFA. Avec 10 voyages vous avez 50.000 FCFA. En ôtant le carburant de 10.000 FCFA vous vous en sortez par jour avec au moins 40000FCFA à plus si vous faites beaucoup de trajets ». Le conducteur pince-sans-rire, ne manque pas de pouffer après ce calcul aussi simpliste de son passager. Et de rétorquer : « Tenez-vous bien, je vais vous donner plus d’éléments pour refaire votre calcul qui est très loin de la vérité ! Chaque matin nous payons 1000 FCFA pour le premier voyage, 800 FCFA pour le deuxième et 4600 FCFA pour le troisième. Ça, ce n’est qu’à la gare de la Riviera 2 ! Pour chaque véhicule. A Treichville, c’est pratiquement la même chose. Et si vous avez la malchance comme moi de vous frotter à un policier de la circulation, il vous délestera gentiment de 1000 à 2000 FCFA. Si vous en avez plusieurs, la journée devient cauchemardesque. Et n’oubliez pas, l’Etat qui nous traque via les mairies, nous impose quand même le paiement de la patente. » Et tenez-vous bien, au moins 20000 FCFA de taxes par les syndicalistes par véhicule et par jour.

Parlons quand même un peu des vedettes des routes abidjanaises, les Gbakas. A chaque arrêt improvisé en Abidjan et lorsqu’un seul client monte, il y’a une soulte à payer à un syndicaliste qui veille au grain sur ‘’son accotement’’. Lorsque vous faites le plein de clients à une gare de fortune, vous le conducteur, payez de 500 à 2000 FCFA, selon le prix du trajet. Et qui paie la note finale ? Le client, bien sûr… Certainement que le métier de syndicaliste fait partie des 2 millions d’emplois promis par nos autorités à la jeunesse !

Confession d’outre racket d’un syndicaliste
Enquêtemedia a voulu corroborer les dires de ce conducteur avec l’un des syndicalistes qui a pignon sur rue à Cocody et qui a préféré ne pas décliner son identité. Sans doute pour ne pas attirer l’attention sur son travail assez juteux. Il nous a simplement expliqué qu’il a préféré quitter son emploi à la fonction publique pour celui de syndicaliste. En effet et selon lui, dans un français teinté d’argot ivoirien ou Nouchi, « lorsque je travaillais, mes petits sur le terrain n’encaissaient pas comme il se doit. Ils me faisaient un mauvais point. J’ai préféré tout laisser tomber pour venir moi-même, suivre mon jeton ». La conversation ne faisait ainsi que commencer…
-Enquetemedia : comment installez-vous vos gares sans être inquiétés ?

-Le syndicaliste : Ce n’est pas aussi compliqué même si ce n’est pas aussi facile qu’on le penserait. Il suffit de connaître le maire où un de ses proches qui s’occupe du secteur du transport communal dans sa commune. Il vous octroie la permission d’y avoir une gare et vous vous entendez sur des modalités journalières de ristourne. Tant qu’ils perçoivent leur dû, vous pouvez vaquer tranquillement à vos occupations. Là, le mangement commence !

-Enquetemedia : Ce doit être un travail lucratif !
-Le syndicaliste : C’est ça tu parles doucement là ? Je ne peux pas vous dire combien je gagne par jour mais après avoir donné la part des policiers, de la mairie, la caisse du syndicat, pour les grands patrons d’en haut (entendez par là de hauts placés au Ministère et dans toute l’administration) en tant que chef, je me retrouve avec quelques centaines de mille. Bien sûr que je n’oublie pas mes collaborateurs…

-Enquetemedia : Gagner autant sans souffrir ?

-Le Syndicaliste : Qui a dit qu’on ne souffre pas ? Souvent pour gagner un secteur, il faut avoir les muscles. Il y’a des bagarres de syndicats assez souvent à Abidjan. Si tu n’as pas la force, tu ne peux pas gérer mouvement (te faire de l’argent ndlr). Nous sommes toujours prêts à en découdre avec des assaillants qui veulent nous déloger. En tout cas mes petits et moi, nous sommes forts donc, on tient. Et ça ne va pas quelque part !

La faute aux autorités !

En Côte d’Ivoire tout ce qui est officieux et rapporte de l’argent, est institutionnalisé. Il existerait 15 fédérations pour 260 syndicats en 2010, selon un document de l’Union européenne, paru en 2010. C’est sans doute une litote aujourd’hui, tellement les syndicats se créent au fil de l’humeur, des quartiers, et des muscles des syndicalistes. Aucun ministre du Transport où de l’Intérieur ni un maire n’a osé mettre fin à ce capharnaüm. Ce n’est pas un ancien ministre du Transport du pays qui avait une centaine de voitures banalisées pour le transport Treichville-Bassam ni le maire actuel de Cocody qui avait voulu mettre fin aux syndicats et s’est ravisé après être entré dans le système, qui appelleraient de leur vœu la fin de cette pratique. De l’argent officieux qui est distribué sous cape, et qui sort en définitif, de la poche des usagers. Qui a dit que l’Etat ne pensait pas à ses citoyens ?

LA REDACTION