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Bénin/ Veuvage : entre nécessité, interdits et pressions

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Au Bénin, d’une culture à une autre, la veuve est soumise à plusieurs cérémonies pleines de sens pour les conservateurs, mais souvent incomprises des femmes contemporaines, peu conformistes. Et pourtant, rien ne semble anodin quand on parle de culture !

« C’est un supplice ! Une torture émotionnelle et physique sur fond de menaces », affirme sans équivoque dame Sèna A. qui, en dépit du ton téméraire, craint pourtant que ses propos ne l’exposent davantage. Veuve depuis plus de deux ans, cette trentenaire garde encore le souvenir des rites. Assise dans sa boutique de vente de produits divers à Akpakpa (dans la ville de Cotonou), elle raconte : « Mon mari est décédé dans des conditions mystérieuses. Il a crié « Ma tête » et le temps de l’amener à l’hôpital, il avait déjà rendu l’âme. Le lendemain, j’ai défait ma tresse et j’ai rejoint la famille de mon mari dans l’Ouémé. Les premiers jours étaient paisibles, mais une semaine après, la réalité n’était plus la même. Entre les accusations, provocations et pressions de la belle famille qui voulait que je quitte Cotonou pour m’établir près d’eux, il fallait aussi se livrer à plein de rites ». Pour elle, les cérémonies de veuvage et autres interdits deviennent finalement des moyens d’oppression.

Bariba, native de Kouandé et mariée à un Idatcha, Antoinette Sourokou n’est pas du même avis. Elle déplore davantage le manque de soutien que les us et coutumes. Pour elle, la tradition est un trésor que chaque génération a le devoir de conserver. Mais elle trouve injuste que la veuve soit livrée à son sort. « Moi, j’aime la tradition. Après le décès de mon mari, c’est moi-même qui ai demandé à ce qu’ils me fassent toutes leurs cérémonies. Car la culture se respecte. Mais ce qui est déplorable, c’est le fait d’abandonner la veuve, de la laisser à son sort. Depuis le décès de mon mari, aucun membre de sa famille n’est venu à mon aide. Je me débats pour assurer l’éducation des enfants. Certains ont pu continuer leurs études, mais d’autres ont dû abandonner », se lamente-t-elle.  Veuve depuis plus de cinq ans, Antoinette Sourokou doit faire face, seule, à son destin, loin de sa terre natale.

Mais toutes les veuves ne connaissent pas ces infortunes. Il y en a qui trouvent auprès de leurs belles-familles un soutien réconfortant. Un état de chose qui ne relèverait pas du hasard mais qui constituerait la résultante d’une certaine attitude de l’épouse. « Quand vous épousez un homme, vous devez avoir du respect pour ses parents, pour sa culture. Quand tu respectes la famille de ton homme et qu’une mésentente survient, c’est ta belle-famille qui prend ta défense et parfois au détriment de l’homme. Bien que mon mari ne soit plus de ce monde, jusqu’à ce jour, sa belle-famille est aux petits soins. Parce que je reste humble, même le plus petit beau-frère, je le salue avec respect », indique Valentina Béhanzin, veuve septuagénaire vivant à Goho dans la commune d’Abomey.

Pour Dr Alphonse Affo, sociologue, ces divergences de point de vue sont normales. « Les cérémonies de veuvage s’inscrivent dans les pratiques culturelles comme plusieurs autres réalités qui existent. La culture se définit comme un ensemble de manières d’exister, de pensée et d’agir qui est propre à une communauté. Si l’on vous demande de manger des cafards ou des huîtres, vous n’allez peut-être pas accepter, mais dans certaines contrées, ce sera très apprécié », souligne-t-il.

Au cœur des traditions

« Après le décès de mon époux, je ne suis plus sorti de la maison jusqu’au terme des cérémonies. Je restais assise sur une natte sur laquelle ne s’asseyaient que les veuves de la famille. J’avais une feuille que je frottais contre le corps. Pendant les sept premiers jours après l’enterrement, toutes les veuves de la maison familiale se lèvent à 6 heures. Elles récitent avec moi les panégyriques du défunt en se lamentant. Quelques personnes vous soutiennent en vous donnant de l’argent. C’est le dernier jour que se déroulent les grands rites. La veuve, nouvellement éplorée, reste assise et les autres veuves, sous la conduite de l’aînée des veuves, font un rang et jettent à tour de rôle de la terre pétrie et des débris de calebasses. Ce septième jour, on prépare pour les anciens de la viande de brousse accompagnée de boissons traditionnelles et le leader traditionnel vient faire les libations et les rites spéciaux. Comme ils sont des chasseurs dans la collectivité de mon mari, on joue et on tape à l’honneur de leur fétiche, le Gou. Il y a enfin un rite général pour tous les défunts dont on n’avait pas pu faire les cérémonies en son temps », relate passionnément Antoinette Sourokou.

Elle ne comprend pas grand-chose au sens des rites, mais reste convaincue de l’importance des rituels traditionnels. « Les cérémonies de veuvage sont nécessaires pour la tranquillité de la veuve, de ses enfants et même pour le repos du mari décédé », atteste Pierre Codjo Kabèrou, vice-président du Festival des arts et culture Idatcha.

D’une culture à une autre, d’un clan à un autre, les cérémonies de veuvage diffèrent selon les régions, les collectivités et les panégyriques, mais il y a généralement des convergences dans les pratiques. En milieu Fon, dès que le corps du mari défunt est déposé à la morgue, la veuve prend place dans la maison funèbre. La tête couverte, elle ne doit ni faire la lessive, ni cuisiner. La veuve ne doit pas se doucher la nuit et n’a pas le droit de se peigner. Jusqu’à ce que finissent toutes les cérémonies funéraires, la veuve reste inactive. Après l’enterrement, elle est tenue de demeurer au domicile pendant trois mois et doit suivre tous les rites traditionnels. « Si on te demande de raser la tête, tu te rases. L’habit de deuil, c’est le bleu nuit. Après les trois mois, tu enlèves l’habit de deuil, les chefs de culte de la belle-famille viennent faire leurs libations et rites vodoun. Enfin, tes tantes et proches t’accompagnent pour que vous alliez saluer la belle-famille, les amis de ton mari défunt et les personnes qui vous ont porté assistance », fait savoir la veuve Valentina Béhanzin.


Chez les Baribas, la veuve n’assiste pas à l’enterrement de son défunt mari. Devant sa case en terre battue au quartier Transa à Parakou, la septuagénaire Kpanyiro Nari explique : « 
Après le décès de l’homme, on éloigne la veuve de la maison funèbre, même si elle était de la même concession familiale que son défunt mari. Elle est logée chez des proches. Et ce n’est qu’après l’enterrement qu’on ramène la veuve dans la maison funèbre. Elle y fera quatre mois dix jours, sans sortir. Durant ce temps, la veuve est interdite de faire quoi que ce soit. Elle reste enfermée. Et même pour se laver, elle se fait accompagner d’autres femmes de la famille. Ce sont elles qui lui amènent à manger et l’aident quotidiennement. Après les 4 mois dix jours, la veuve fait une aumône, ce qu’on appelle communément « Saara », comme pour dire qu’elle est en train de sortir de la période de veuvage ». A l’en croire, il y avait de nombreuses autres pratiques imposées à la veuve comme le bain au marigot, mais avec l’expansion de la religion musulmane au Nord, certaines traditions ont disparu.

Quand il s’agit des veuves d’un roi ou d’un prince, il y a quelques spécificités. Chez les Béhanzin, à Abomey, ancien royaume du Danxomè, quand le défunt est un prince, au lendemain de son décès, une natte est dressée pour toutes les veuves de la famille royale qui s’asseyent, pieds allongés, et font leur deuil au quotidien dans les larmes et les chants de deuil. « Pour ce qui concerne les veuves du roi, à la mort du roi, les femmes du roi deviennent les femmes de celui qui prend le trône. Il peut en épouser de nouvelles en plus », apprend Dah Christophe Hospice Béhanzin, très ancré dans sa culture.

Les femmes qui ne peuvent pas supporter cela, fuient au décès du roi. Si elles ont des enfants qui sont au Palais, elles sont relativement épargnées de fâcheuses conséquences. « Mais si c’est une femme qui n’a pas fait un enfant au roi avant son décès, il arrive que l’esprit du roi se révolte et tourmente la veuve où qu’elle soit », fait savoir l’homme de culture. Mais se référant à l’assouplissement des pratiques de nos jours, il nuance : « Aujourd’hui, les choses sont vraiment modérées, surtout si la belle-famille est chrétienne. Après l’enterrement du défunt et la messe de huitaine, s’il n’y a plus rien d’important à faire dans l’immédiat, la femme est libérée ». 

Pierre Codjo Kabèrou, vice-président du Festival des arts et culture Idatcha, renchérit : « En outre, il y a des concessions. Si la veuve mène des activités professionnelles dont dépend sa subsistance et celle des enfants, elle est normalement autorisée à vaquer à ses occupations tout en observant un minimum de prescriptions. Par ailleurs, la pratique en milieu urbain est toujours plus souple que la pratique en milieu rural où c’est souvent rigide ».
en croire Dr Alphonse Affo, sociologue, la pratique est perpétuée et s’adapte aux circonstances pour ne pas disparaître. « Le veuvage, d’aucuns le font parce que c’est une habitude et certaines personnes ont intérêt à ce que cela perdure. L’intérêt n’est pas forcément d’ordre économique. L’intérêt peut être lié à l’existence même de la culture ou à son originalité. Cela devient une question existentielle. De ce point de vue, certaines personnes feront tout pour que cela ne disparaisse pas. Au contraire, les pratiques s’adaptent aux exigences contemporaines. Autrefois, on imposait aux veuves de rester enfermées pendant des mois pour le veuvage, aujourd’hui la pratique s’adapte aux femmes qui ont un emploi salarié ou qui vivent en ville. C’est une manière de préserver la tradition, quitte à l’adoucir pour y arriver », explique-t-il.

Les interdits !

C’est connu de tous, les traditions en milieu Fon sont rigides et presque immuables. La veuve Valentina Behanzin en parle : « Chez nous à Abomey, quand ton mari décède, et que tu sais en ton âme et conscience que tu lui as été fidèle, tu peux rester dans la maison funèbre, auprès de la dépouille mortelle, pour suivre toutes les étapes des cérémonies funèbres ». Plus aguerri, son grand-frère, Dah Christophe Hospice Béhanzin, prévient :« Quand tu es infidèle à ton mari, il ne faut même pas tenter de te rapprocher de sa dépouille mortelle. Toi-même femme, tu sais ce qui t’attend. Si tu oses, tu meurs ».

C’est une réalité bien connue à Abomey et qui, à en croire Dah Christophe Béhanzin, est plus rude dans biens de familles. Il explique : « Dans certaines familles à Abomey, la veuve infidèle ne doit même pas se tenir près de ses enfants jusqu’à ce qu’on enterre le mari. Ailleurs, quand ton mari meurt, plus aucun homme ne doit te donner à boire, ce ne peut être qu’une femme. Dans d’autres familles encore, pendant les cérémonies funéraires, ni la femme, ni l’homme avec lequel elle a été infidèle, ne doivent entendre le son des tams-tams joués lors des cérémonies. C’est pourquoi tous deux s’éloignent le plus possible de la maison funèbre ». Le descendant de la lignée royale ajoute : « Chez nous, les Ahovi (descendants de la famille royale), il est important que tu restes fidèle à ton homme et que tu respectes sa culture et sa famille. Parmi nous, il y a certains chez qui, c’est intransigeant. Quand la femme est adultère, elle ne peut même plus toucher au bol ou à l’assiette que son mari utilisait, même de son vivant. Sinon les conséquences sont sans appel ».

Rien n’est anodin quand on parle de culture. Et les prescriptions qui sont faites à la veuve après le décès de son mari semblent avoir un sens et un impact sur l’avenir de la veuve. « Quand on demande à la veuve de défaire ses tresses et de ne pas se peigner au lendemain de la mort de son mari, c’est pour que celui-ci ne cherche à entrer en contact avec elle. A la mort du mari, pendant le temps où la veuve reste à la maison, elle tient un bâton et quand elle veut dormir, elle garde le bâton près d’elle avec des feuilles d’hysope à nouer à son pagne, à mettre sous le coussin et dans la couche. Quand elle ne prend pas toutes ses dispositions, le mari défunt peut encore venir à elle et l’enceinter spirituellement. Le ventre de la veuve va alors grossir, mais elle n’accouchera jamais », soutient la septuagénaire Valentina Béhanzin. Elle poursuit : « Quand on le dit, cela semble illusoire pour certains. Il y a de ces femmes qui ont négligé cela et qui, aujourd’hui, ont un ventre ballonné qui ne diminue pas. Elles n’en connaissent peut-être pas la raison et malgré tout ce qu’elles font, le ventre ne diminue pas. Ce sera ainsi jusqu’à leur mort ».

Pour Dah Christophe Hospice Béhanzin, il n’y a pas de réflexion possible quant à respecter ou pas la tradition. Il faut se soumettre aux cérémonies. « Tout homme a une culture, qu’il soit citadin ou en milieu rural. Il y a des choses qui sont liées à sa culture. Mais nos jeunes aujourd’hui s’en fichent royalement, ils ne veulent rien respecter et après, ils vivent des événements pénibles, parfois macabres, sans jamais savoir que ce sont les conséquences de leurs négligences », relève-t-il. La veuve Valentina ajoute : « les cérémonies de veuvage sont importantes. Les jeunes veuves ne devraient pas s’opposer aux cérémonies. C’est le corps qui disparaît, l’esprit demeure. Et pour que l’esprit repose en paix, il faut faire les cérémonies ».

« Des cérémonies pour que l’esprit repose en paix !« . Ce sont là des arguments que la jeune génération a du mal à assimiler. Davantage lorsque les convictions religieuses s’y mêlent. “Faire des rituels que je ne comprends pas ; me baigner dans l’eau de rivière et laisser des gens prononcer des paroles incantatoires sur soi ; je suis désolé, je ne suis pas prête à l’accepter. Je ne souhaite pas devenir veuve dans ma vie, mais je suis contre ces rituels mystiques. En plus, je ne vais pas trahir ma foi pour des pratiques culturelles dépassées”, soutient Ruth Houéto qui chérit sa foi chrétienne. Pourtant, la foi ne s’oppose pas à la culture.

Pour le père Irenée Tigo, prêtre du diocèse de Porto-Novo fidei donum dans le diocèse de N’dali, la foi vient au contraire éclairer la culture. “D’aucuns cherchent à créer une rivalité là où il n’y en a pas. La foi chrétienne ne s’oppose pas à la culture. Au contraire, la foi vient s’incruster dans la culture pour mieux l’éclairer et la débarrasser de tout ce qui dégrade l’homme, de tout ce qui avilit et ne rend pas gloire à Dieu. Car la gloire de Dieu, c’est l’homme debout”, fait observer l’homme de Dieu. Il poursuit et conseille : “Il ne s’agit pas de s’opposer à toutes les cérémonies culturelles. S’il ne s’agit que d’observer quelques jours d’inactivité pour vivre le veuvage, le chrétien peut le percevoir comme un recueillement pour faire son deuil et rester en prière dans ce petit temps de retranchement que lui impose la tradition. Mais si c’est pour se prosterner devant autre dieu ou toute autre représentation de fétiche, le chrétien doit se souvenir du premier commandement “Tu adoreras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton être, de toute ta force et de tout ton esprit. Tu ne te prosterneras devant aucun autre Dieu”. Le chrétien, tout en épousant sa culture, doit rejeter tout ce qui trahit sa foi. Et la culture ne doit pas être un moyen d’oppression et de violation”.

Sur la question de l’instrumentalisation du veuvage en procès de violation des droits de la femme, Dr Affo fait remarquer que les femmes elles-mêmes y trouvent parfois un intérêt au détriment de leurs droits. « Tout a une fonction dans la vie et toute une fonction, il y a un intérêt. Je vais vous surprendre, on parle souvent de violation des droits des femmes lorsque les cérémonies de veuvage sont rudes, mais certaines femmes le font spontanément parce qu’elles ont un intérêt à le faire. Il y en a qui le font parce qu’elles savent qu’en le faisant, elles auront droit à l’héritage du défunt. De part et d’autre, il y a toujours un intérêt à le faire », relève-t-il.

La succession, l’autre épine !

Dans certaines familles, la belle-famille du défunt, dès les lendemains du décès de leur frère, cherche à s’accaparer de ses biens et parfois même de sa femme. Il n’est pas rare, dans ces circonstances, que la veuve soit soumise à toutes sortes de pressions et chantages auxquels elle finit par céder par égard pour ses enfants. Mais il appartient à la veuve de rester ferme, quoique cela comporte des conséquences.

« Mon époux depuis son vivant, m’a dit qu’après sa mort, je n’ai à me marier avec aucun de ses frères et il le leur a fait savoir. De sorte que mes beaux-frères me fuyaient même. Mais ils se sont accaparés de ses biens à son décès. Et depuis lors, je suis abandonnée à mon sort », confie Antoinette Sourokou.

Les Baribas n’exigent pas à la veuve de se remarier avec un beau-frère. « C’est exclu, chez nous, personne ne peut demander à la veuve de reprendre un mari dans la belle-famille. Si la veuve est jeune et peut procréer encore, après les cérémonies de veuvage, elle peut aller refaire sa vie, ailleurs bien-sûr. Mais à un certain âge, quand la femme ne peut plus procréer, elle reste généralement dans la maison de son mari décédé, pour se consacrer à l’éducation de ses enfants », affirme Dame Kpanyiro Nari. Mais elle ajoute que la jeune veuve qui décide de refaire sa vie, connait diverses fortunes. « Tout dépend de la bonté de la belle-famille. Il arrive que la belle-famille renvoie la veuve et garde les enfants qui sont répartis auprès de leurs oncles. Ailleurs, la belle-famille s’occupe des enfants et de la veuve en interdisant à cette dernière de refaire sa vie sous le toit du mari décédé ».


Chez les Fons, il n’est pas rare de voir une veuve prendre un nouveau mari dans la belle-famille. Mais personne ne l’y contraint. « 
Si on te le demande, si le cœur te dit, tu acceptes. Si tu ne veux pas, tu déclares que ce sont tes enfants qui sont tes époux et tu peux demeurer dans la maison de ton mari décédé, avec tes enfants », fait savoir la septuagénaire Valentina Béhanzin. Elle ajoute que dans le cas où la veuve a été convenablement dotée ; même si elle déclare que ce sont à ses enfants qu’elle accorde la place de son mari, elle n’a pas le droit d’avoir une relation avec un autre homme. « Ce serait comme un adultère ! Et cela a des conséquences. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, quand la veuve n’a pas été dotée et qu’elle est jeune, la belle-famille la libère, parfois en lui retirant ses enfants », indique-t-elle. A l’en croire, il n’a généralement pas de rivalité autour de la question de la succession ou du sort de la veuve. Mais si dans la belle-famille, il y a un beau-frère ou un oncle qui a exprimé le désir de faire de la veuve sa femme, cela peut donner lieu à un harcèlement. « De toute façon, c’est à toi, veuve, de rester ferme. Cela comporte des risques, mais il faut rester ferme. Moi, je suis restée ferme là-dessus et je n’ai eu aucun problème avec ma belle-famille jusqu’à ce jour », confie-t-elle.

Procès d’intention ! (En encadré)

« Tout part du soupçon que c’est vous qui avez tué votre mari. Quand une femme meurt, on ne soupçonne pas le mari de l’avoir tuée. Très vite, on le console et quelques jours après, on le pousse à refaire sa vie. Mais quand c’est le mari qui décède, surtout si le décès survient brusquement, on soupçonne la femme d’avoir tué son mari. C’est simplement injuste. Et ce qui est le plus regrettable, ce sont parfois des femmes dans la belle famille qui vous mènent la vie dure et profère ces accusations et injures », se lamente Sèna A. Elle confie qu’elle a été traitée de femme adultère parce qu’elle était enceinte quand son mari est décédé. C’est cinq jours après le décès de l’homme, qu’elle a ressenti les symptômes de grossesse. Mais la belle-famille a insinué qu’elle le savait et c’est peut-être la raison pour laquelle leur frère est décédé.

Antoinette Sourokou s’indigne : « Je ne comprends pas cette tendance à penser qu’une femme qui a des enfants, puisse chercher à tuer son mari, son homme qui s’occupe d’elle ». Pour Kpanyiro Nari, rien de nouveau ! Il faut s’y faire. « C’est la croix des femmes qui ont le malheur de perdre leur mari très tôt. Mais tant que l’on n’a rien à se reprocher, il ne faut même pas s’en offusquer. C’est une réalité qui n’est étrangère à aucune culture. Dans toutes les familles, il y a de ces genres d’accusation. La veuve doit garder la foi. Si elle n’a rien à se reprocher, qu’elle ne s’affole pas. Tout passe et ça passera aussi », conseille-t-elle.

Une enquête réalisée par Anselme Pascal AGUEHOUNDE. 

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un programme de formation de l’association Ekôlab. Ekôlab est une organisation à but non lucratif dédiée au développement du journalisme en Afrique et fondée sur trois piliers : les enquêtes sur des sujets de sociétés en Afrique, la formation des journalistes et l’éducation aux médias. Retrouvez Ekôlab sur Twitter, Facebook et LinkedIn.